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Alimata Coulibaly, la pasionaria de la transformation agroalimentaire

Alima CoulibalyLe secteur de la transformation agroalimentaire est dominé par les femmes et il est heureux qu’il en soit ainsi car dans ce domaine, elles disposent d’un avantage comparatif par rapport aux hommes. Mais ce que je remarque c’est que les pionnières qui ont voulu s’investir totalement et ont eu l’ambition de sortir des cuisines et de la transformation artisanale ont presque toutes fait des études supérieures. En quelques lignes, je vais vous brosser le portrait d’Alimata, diplômée de l’enseignement supérieur, qui a bâti avec persévérance et acharnement son entreprise tout en animant des réseaux de femmes militantes du « consommer local » en Côte d’Ivoire.

Le sourire facile, elle avance d’un pas assuré comme si aucun obstacle ne peut la faire reculer. Alimata a la conviction qu’elle atteindra son objectif d’avoir une unité de transformation agroalimentaire industrielle, moderne, capable de satisfaire une demande en croissance  d’aliments prêts à l’emploi, à base de matières premières agricoles locales. Peu importe le temps que cela lui prendra. Elle sait qu’elle a la force et la motivation pour y arriver.

 Après des études supérieures en chimie et biologie, elle s’essaie à différents métiers selon les opportunités qui se présentent. Pas question de perdre du temps. Elle est hyperactive et n’hésite pas à cumuler des emplois divers. Elle travaille le jour comme responsable des études dans une école d’architecture tout en donnant le soir des cours de sciences naturelles. Elle cherche sa voie et n’hésite pas à postuler à un poste de commercial dans une entreprise de climatisation et de plomberie pour lequel on cherche un homme. Elle passe les tests avec brio et convainc ainsi l’employeur de lui confier ce travail. Quelques années plus tard, elle démissionne et mène de front trois activités. Elle est employée dans un cabinet de consultants en comptabilité et marketing, elle gère un bureau de change et ouvre une boutique de vente de yaourts et de dégué, des produits qu’elle confectionne elle-même.

Elle engrange ainsi de l’expérience, développe son goût pour le commerce, n’hésitant pas à faire elle-même la promotion de ses produits.

Le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire entre dans une crise politico-militaire qui va durer dix ans. Alimata a quarante ans et elle se retrouve sans emploi. Elle ne baisse pourtant pas les bras. Encouragée par sa sœur avocate, bonne conseillère et bailleurs de fonds à l’occasion, elle décide alors, de se lancer, à plein temps, dans la transformation des céréales à l’instar de sa mère qui le faisait déjà à petite échelle pour la famille. C’est cette dernière qui lui offrira pour l’encourager et lui porter chance, les dix premiers kilos de mil pour le démarrage de son activité. Progressivement, en partant des recettes de sa mère, en améliorant les techniques utilisées, en écoutant les conseils de ses proches, en se formant, en passant de longues heures sur internet à la recherche d’informations de toutes natures,  en écoutant le plaidoyer d’un pédiatre sur la malnutrition des enfants, elle approfondit sa connaissance de la transformation agroalimentaire et elle met sur le marché ivoirien une gamme d’aliments  « LES PRECUITS GLP » naturels, à cuisson rapide et à longue durée de conservation.

Les débuts sont lents, dans un contexte de marasme économique, mais Alimata ne se décourage pas. Elle organise des animations dans le hall des hôtels, n’hésite pas à participer à des foires de produits artisanaux où elle fait inlassablement la promotion de ses produits. Elle se fait connaître et obtient quelques distinctions qui la rassurent et renforcent sa détermination.

Un jour, en surfant sur internet, Alimata tombe sur Le projet Misola, qui s’appuie sur l’utilisation d’une farine enrichie pour lutter contre la malnutrition infantile. Elle lit que « l’objectif de Misola est de contribuer à l’amélioration de l’état nutritionnel des populations, notamment des enfants âgés de 6 à 60 mois et des femmes enceintes et allaitantes en mettant à leur disposition une farine de complément pour satisfaire leurs besoins nutritionnels spécifiques : la farine MISOLA ». Elle n’en croit pas ses yeux, car de toute évidence, elle ne peut que participer à ce projet qui expose clairement ce que confusément elle rêvait de faire. Peu de temps après, elle va au Mali où le projet est déjà en œuvre, pour se former. Totalement emballée par le concept, elle en parle avec l’enthousiasme qui la caractérise et devient la coordonnatrice de l’association Misola en Côte d’Ivoire où des partenaires institutionnels décident de financer la création de trois Unités de Production Artisanales (Bouaké, Man et Korhogo). Aujourd’hui, tout en assumant cette responsabilité, elle développe son entreprise devenue semi-industrielle, participe à de multiples projets et milite avec d’autres femmes pour la valorisation de la transformation des fruits, légumes, tubercules et céréales.

Son entregent, sa curiosité et sa détermination font d’elle une pionnière, une avocate infatigable et engagée de la valorisation des produits locaux.

Récompensée par divers prix qui lui font oublier les années de doutes et de souffrances, elle accepte ces reconnaissances avec humilité.

Elle explique que son modèle est sa mère, grande commerçante de produits vivriers, qu’elle a toujours vu s’activer dans différentes activités de transformation dans sa cuisine. « La passion de la transformation était déjà dans la famille », dit-elle. Elle ajoute également qu’elle est d’une famille qui aime travailler, qui a le goût du commerce et de l’indépendance et qu’en définitive, elle était déjà bien dotée pour réussir dans l’entrepreneuriat. Il n’empêche qu’elle ne s’est pas contentée de faire de la bonne cuisine pour sa famille et qu’elle a fait de la transformation agroalimentaire non seulement son métier mais également son combat.

A soixante ans, Alimata est fière de sa réussite professionnelle. Elle se dit amoureuse de son métier, elle, qui a su passer de la transformation artisanale à la transformation semi-industrielle des produits agricoles. Elle se sent épanouie et encore jeune pour relever le défi de l’industrialisation de son activité, d’autant plus que l’environnement paraît aujourd’hui plus favorable et encourage la prise d’initiatives dans ce domaine. Ambitieuse, cette mère de famille de deux grandes filles, se reconnaît comme qualité l’humilité, qu’elle explique par sa sobriété, par le fait qu’elle sait s’excuser et reconnaître ses erreurs  et par sa capacité à se contenter de ce qu’elle a et à ne pas envier les autres.

Elle exhorte les jeunes à faire preuve de courage et d’abnégation en leur disant qu’entreprendre est l’affaire de toute une vie et soumet à leur réflexion cette phrase de Gandhi qu’elle cite volontiers: « Lorsque vous croyez en une idée, il faut vous y accrocher même désespérément jusqu’à ce qu’il vous soit prouvé que vous avez tort ».

http://www.lesprecuitsglp.over-blog.com

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